Site intercommunal >>

Le drame du 17 Novembre 1943

Le Samedi 17 Novembre 1943, un certain nombre de soi-disant réfractaires parcourent la Commune de Camarade, posent des questions et prétendent vouloir rejoindre le maquis de Ponce.

Ecoutons, le maire Henri HUC : "Deux de ces hommes se présentèrent
chez M. GROS Camille, cordonnier et cafetier à Lavielle, commune de Camarade, ce dernier très favorable aux hommes du maquis. Il les ravitaillait et réparait leurs chaussures. Les deux inconnus se présentèrent à GROS comme étant réfractaires.Ils lui demandèrent à manger et le questionnèrent sur les maquisards de Camarade qu’ils prétendaient aller rejoindre. Le lendemain, 14 Novembre, je vis M. GROS qui me raconta la visite de ces deux inconnus. Il craignait déjà, d’avoir
affaire à de faux maquisards et d’avoir trop parlé
”.

Les faux réfractaires ont été identifiés : un allemand membre de la
Gestapo et un français de Saint-Girons, auxiliaire de la Gestapo et membre des Groupes d’Action de la Justice Sociale du Parti Populaire Français.

Le mercredi 17 novembre, vers quatre heures du matin, des troupes
allemandes occupent la commune de Camarade. Arrivés au village de Lavielle, ils arrêtent Camille GROS, considéré comme le recruteur du maquis. Son fils, Jean-Marie GROS et le domestique espagnol Alberto FAJARDO sont arrêtés aussi et amenés par la troupe en direction du maquis de Ponce.

Il a neigé dans la nuit. Le maquisard qui est de garde, Michel GRANKOWSKI s’est endormi dans les taillis voisins de la ferme.
Quand il se réveille, il est trop tard. Voici son récit fait en 1945 : “Il faisait
encore nuit. Avec cinq centimètres de neige, dans les fourrés, j’étais assis, deux couvertures sur les épaules, bien blotti. Sûrement que j’étais assoupi.

Tout à coup, devant moi, à quelques mètres, la grange entourée
d’Allemands. Je suis incapable de réagir : ma mitraillette, deux chargeurs, trente deux cartouches... que puis-je faire ? J’assiste, impuissant, au drame qui va se jouer dans quelques instants.

D ‘un groupe de soldats se détachent deux hommes, ils se dirigent vers
la porte d’entrée, poussent la porte, font les sommations. A ce moment, ce sont plusieurs rafales de mitraillette, par les planches disjointes du plancher.

Quelques instants de répit, une mitrailleuse se met à tirer, en bordure
du toit et, ensuite, des grenades incendiaires, par la porte d’entrée restée ouverte ; le feu se déclare : il y avait une réserve de bois, de la paille. Quand le plancher et le toit minés par les flammes, s’effondrèrent, ce fut la fin
”.

C’est le seul témoignage que nous avons.

Le maire, venu sur les lieux, a fait les constations d’usage. Près de
l’entrée, appuyé au mur, se trouve le corps du docteur Sigler, tenant encore une lampe à la main. Il n’est brûlé que dans le dos. Il a dû ouvrir la porte et être tué le premier.

Au milieu de la maison incendiée, dans un amas de cadavres calcinés,
un morceau de pull-over permet d’identifier Jean-Marie GROS. On a trouvé aussi une bombe incendiaire.

Louis PONS, accompagné de René GOUAZE, a examiné les ruines
calcinées quelques heures après. Il pense que le docteur Sigler a été tué alors qu’il allait ouvrir la porte ou bien qu’il s’était levé pour relever la sentinelle de garde quand les allemands ont tiré. De plus, des traces de rafales, à hauteur d’homme, au premier étage, laissent supposer que les trois maquisards restés en haut ont été fusillés contre le mur (en se défendant ? après s’être rendus ?).

La riposte des maquisards semble avoir été brève. Louis Pons, venu
la veille au soir, porter du ravitaillement, remarque qu’une meule de paille, située non loin de la grange, a disparu et qu’elle a été transportée sur les corps pour faciliter l’incendie.

Jean-Marie GROS et Alberto FAJARDO amenés à Ponce ont dû être
fusillés ensuite. Leurs corps ont été jetés au feu avec les autres.